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    3 ans chez Bigeard. Bayonne- La Citadelle, l'instruction ..

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    3 ans chez Bigeard. Bayonne- La Citadelle, l'instruction ..

    Message par junker le Mer 16 Jan - 20:07



    Bayonne -La Citadelle. Camp d'instruction
    ------------

    Ma décision est prise. Je pense à l'aventure que je vais vivre, sans me préoccuper de l'avenir. Quand j'ai vu et lu, les affiches percutantes, la publicité sur les Troupes Aéroportées, l'habit para, le béret, les slogans ventant l'aventure et l'action, la prime, et puis défendre le pays et cette partie de la France ou quelques hors la loi font un peu de bruit, à mes yeux cela me semble dérisoire .

    Et puis , je suis avec «Nono» mon pote, c'est un garçon qui a vécu. Il a déjà roulé sa bosse, et c'est un gars qui n'a pas froid aux yeux. Pour la bagarre, il n'a peur de rien, un seul défaut ! Il boit pas mal,et à chaque sortie dans les bals musettes, il cherche le coup dur !.

    Le 1er septembre 1955, je retourne au bureau de recrutement, le gradé a un sourire de connivence, c'est un Sergent/Chef, avec une panoplie de décorations, cela me fait flasher, j'ai rien dit à ma mère pour ne pas lui faire faire de soucis en plus. Il me présente un formulaire à remplir et à faire signer par mes parents: Je lui dis» je n'ai pas mon père,mais c'est ma mère qui va signer» . Je vais dans le bar à coté ou travaille comme serveuse la sœur de Nono; elle me prête de quoi écrire, je remplie le questionnaire, à ce moment elle me dit «tiens! Tu fais le même papier que mon frère, il l'a fait il y a trois jours !..» «ah l'animal ! Il ne m'a rien dit». Retour au bureau une demi-heure après, le Chef me regarde en souriant, et dit « tu as déjà rempli le papier, ton copain a fait de même il y a trois jours , il part demain, et toi dans trois jours». Pourquoi ne m'a-t-il rien dit ? , enfin c'est trop tard, le compte à rebours est commencé .

    Je reçois ma feuille de route le trois septembre, pour partir le six, billet de train en poche, personne ne le sait à part ma mère qui est très inquiète, je l'a rassure et minimise mon départ, le temps de faire ma valise, elle ne réalise pas mon geste et encore moins comment j'ai pu contracter un engagement de trois ans aussi simplement pour une formation de parachutiste . Le train de La Rochelle-Bayonne c'est une affaire de quelques heures, il est 9 heures 30, quand je descend sur le quai de la gare, je ne suis pas seul, un camion militaire nous attend pour nous déposer devant la caserne des entrées de Chateau-Neuf de Bayonne, pris en main, dans la foulée, je me retrouve pour une visite complète du gars, à poil, mesuré, pesé, les yeux, les dents, le zizi, les poumons, renseignements complémentaires: .Verdict «Bon pour les paras».

    On me dirige vers le service habillement, réception du paquetage, un problème d'entrée le pantalon est trop long de quinze centimètres, comme il y a un élastique dans le bas, je le retourne jusqu'au mollets et le rabat sur la botte de saut, cela ressemble a une culotte de zouave !, un calot colonial avec ancre de marine et liseré rouge sur le haut du calot, un blouson kaki juste à ma taille, les manches sont justes à longueur, pour une fois. Et direction la Citadelle de Bayonne, pour la suite des tests, 8 jours de contrôles sur des appareils assez simples mais efficaces. J'ai dix neuf ans aujourd'hui 15 septembre 1955, et les tests sont finis, je part au centre d'instruction N° 4 du Bataillon de Parachutiste Coloniaux.

    17 septembre.
    Ma première piqûre à 8 h30, çà réveille, elles sont faites à la chaîne par des infirmiers de circonstance, l'un badigeonne avec un tampon enroulé sur un bois, l'autre pique ou il y a la teinture diode.
    Notre chambre de 25/30 lits est immense et froide, le lit au carré, rien d'apparent autour, dans un petit placard les vêtements pliés, tout ça avec démonstration du sergent responsable. Je perçois 265 francs(de l'époque), quatre paquets de cigarettes troupes et deux paquets de tabac.

    Les corvées de nettoyages, lavabos, douches, WC, escaliers, chambre et pour que cela brille, on frotte le parquet avec un cul de bouteille, après l'avoir gratté et frotté à la paille de fer. Les plis de blouson et pantalon sont faits au savon ou à la bougie, le pantalon coincé sous le matelas pour qu'il puisse garder sa forme et ses plis. Pratiquement jamais de sorties, nous sommes en instruction accélérée si je puis dire.

    L'instruction démarre sur les chapeaux de roues, marche en cadence, demi-tour, garde à vous, présentez armes et j'en passe. Je me rend à l'armurerie percevoir mon fusil MAS 36 crosse en bois, tout le monde pareil. Les recrues arrivent sans arrêt, plus de place , nous déménageons dans des marabouts ( grande tente ) à 15 lits, c'est humide et froid. Tous les matins la mise en forme avec quelques kilomètres au pas de course, douche, jus, et en tenue pour les couleurs, inspection et gare à celui qui n'est pas conforme..! Défilé, marche au pas par section, se changer pour aller au pas de tir en petite foulée, il faut toujours courir, j'ai pas le temps de réfléchir à quoi que se soit, mais cela me plaît, je suis très vif et à l'aise dans cet élément. Ceux qui fument ou boivent, ce n'est pas la joie pour eux. Le soir tenue de combat pour une marche de nuit avec sac à dos et fusil, on part en montagne, le caporal Dolci, un Corse, commande notre groupe, c'est un gueulard.Nous marchons sous la pluie, dans la boue, ce sont des trombes d'eau qui nous arrivent sur la tête.

    Tout les trois jours, marche de nuit. Les Pyrénées Atlantique quand il pleut ce n'est pas un pipi de moineau, l'eau arrive à rentrer dans les bottes de saut, les pieds se diluent, la peau part en lambeau au talon et dessus les orteils. Tous les jours, je vois des gars partir, ils ne tiennent pas la cadence qui est sévère, la sélection est naturelle.

    26 septembre 1955.
    Toujours des marches de plus en plus longues de nuit de jour, 30/40/50 kilomètres, à perdre haleine, le tir à outrance, sport tout les matins, piste de combat, les murets, la fosse, la corde, les pompes..Ah !! les pompes !,combien en ai-je faites, pour un rien , punition, 30 pompes, sans arrêt les tractions, le close combat ..!

    2ème piqûre, le parcours du combattant sous la flotte, à chaque parcours.. de l'eau !!, on arrive au mois d'octobre, le froid aussi, je marche dans un bourbier, des cloaques de boue, le casque lourd qui ne tient pas sur ma tête, quand je tombe, le casque aussi, je le cherche à tâtons dans le noir, les gars passent en m'écrasant les mains, m'enjambent, je retrouve le casque dans un état lamentable, je n'arrive pas à régler le filet du casque qui comporte un lacet pour le mettre à la dimension du crâne.

    Les jours s'ajoutent aux jours, suivi des coups de gueule des caporaux, des sergents, à chaque retour, rassemblement, critiques des chefs, des punitions sont distribuées, j'ai une tenue de campagne à présenter tout les deux heures au poste de garde, les muscles se font, le corps maigre mais durci par les efforts répétés, ce n'est plus le judo ou l'haltérophilie. Je fait partie de la 3ème section d'instruction N°1 sergents Arblade Maillot, sergent/chef Boudiou.

    25 octobre 1955.
    Je deviens très bon tireur au fusil mitrailleur 24/29, j'arrive au bout de mon instruction, bientôt les tests définitifs. Ce que je ne sais pas encore,c'est que je suis sélectionné pour l'Escadron du 3ème R.P.C.
    Les colis que m'envoie ma mère me plonge dans la joie d'avoir un peu de supplément à l'ordinaire, ma mère a un cœur d'or et fait tout son possible, je la chérie de son aide providentielle.
    La sélection du 1er jour, parcours du combattant, les pompes , les tractions, la corde lisse, à cet exercice je montais à la force des poignées les jambes à l'équerre, etc ..Encouragé par notre chef de groupe et le sergent le lendemain c'est l'épreuve finale du 1500 mètres et le 8000 mètres avec le sac à dos rempli de 12 à 15 kg de poids, ce parcours est à faire en 45 minutes ! Dure mais faisable.
    Lettre à ma mère du 31 octobre 1955. Sur 86 au départ nous seront 70 de brevetés à Pau. Là, encore des refus de saut dont un gentil garçon qui pleurait toute les larmes de son corps de dépit, la peur? Le stress?, le manque de confiance en lui ?
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    Re: 3 ans chez Bigeard. Bayonne- La Citadelle, l'instruction ..

    Message par LANG le Mer 16 Jan - 20:45

    "Les Pyrénées Atlantique quand il pleut ce n'est pas un pipi de moineau, l'eau arrive à rentrer dans les bottes de saut, les pieds se diluent, la peau part en lambeau au talon et dessus les orteils."
    Alors là junker, je peux vous dire que je connais un autre endroit du même genre !
    C'est quand même incroyable ces coins de France qui n'aiment pas les gens qui marchent à pied avec des rangers...
    Heureusement le ciel de Pau ("le beau ciel de Pau"...) aime bien les parachutistes...
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