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    3 ans chez Bigeard ... La bataille de Djedida-Mellagou !!!

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    3 ans chez Bigeard ... La bataille de Djedida-Mellagou !!!

    Message par junker le Sam 26 Jan - 17:54


    G11  


                      La Bataille de Djedida – Mellagou

         Cette opération appelée« Djedida » sera mon premier engagement important dans le massif des Nementchas, en limite des Territoires du Sud Algérien du 7 au 17 juin 1956.
        Le 5 juin 1956 le 3e Régiment de Parachutistes Coloniaux avec à la tête, notre chef le lieutenant-colonel Bigeard, est mis à la disposition de la zone opérationnelle des Nemetchas.  Notre base arrière reste toujours  Bône.
    Le général Vanuxem est notre grand patron. Ancien « maréchal  » de De Lattre De Tassigny,  il est connu comme baroudeur en Indochine et il l'a prouvé. Bourru, violent, il ne fait pas de sentiment, peut importe les pertes , il lui faut des résultats concrets.

    Il fait bien comprendre à Bigeard qu'ici dans le Sud, notre travail sera d'autant plus difficile que les rebelles ne craignent personne et même recherchent le combat. Ils vont jusqu'à oser attaquer les troupes s'aventurant dans leurs durs djebels truffés de repaires.

        Les Nementchas terreur du Constantinois, paysage dantesque, désert apocalyptique couvert de crevasses et de gorges profondes, une multitude de grottes quasi invisible à l'oeil, couvert d'éboulis où la marche devient un calvaire.

        Nous sommes à Bône le 5 juin, installés dans un ancien entrepôt de tabac. L'Escadron a pris ses quartiers provisoires dans de vastes hangars, nous servant de gîte et de réfectoire les lits picots avec les vêtements et notre harnachement sont prêt à portée de la main. Cette situation précaire je la connaitrai tout le temps de mon séjour en AFN. Le régiment sera de toutes les batailles durant les trois ans que je passerai au sein de cette unité d'élite.

        Notre repos de huit jours est relatif, car personne n'échappe aux corvées de pluches et de quartier. Garde à l'entrée, planton aux sous-officiers, chauffeur de Jeep, corvée de nettoyage des lavabos, WC, douches etc . Avec le sport du matin, les marches commandos de vingt cinq kilomètres plusieurs fois par semaine, la revue d'armes, les vérifications des dotations de munitions, revue de détails, la marche au pas cadencé, apprendre les chansons sous la houlette du lieutenant Lefevre nous faisant interpréter tous nos  classiques para.

        Les plus connus comme : «En passant par la portière», «Debout les paras », «Les compagnons », «Le petit village », «Les marsouins », et bien sûr «ÊTRE et DURER », sans oublier,« Malgrès les balles », et d'autres comme: « La main dans la main » , «Sur la route», «Le gai luron des Flandres»;  certainement d'origine allemande.

        Nous avons une nourriture qui n'est pas du quatre étoiles, mais qui a l'avantage de bien nous nourrir, et çà  je l'apprécie. Bigeard veille a ce que nos repas soient corrects, car nous mangeons que de la boite de conserve dans le djebel. Les vacances sont de courtes durées.  René Cadet revient du PC Le Boudec avec la nouvelle captée en tendant l'oreille vers le bureau du capitaine: - Départ imminent les potes ! Dit-il dans un petit béguément qui lui arrive lors d'une émotion  bien ressentie.

        Je viens de percevoir une nouvelle jeep refaite à neuf portant le n° 89350, elle est toute belle sortant des échelons 3 et 4, cela signifie: moteur refait, boite de vitesses, peinture, pneumatiques presque la totale.
       
        Il est très tôt. Nous chargeons les remorques attelées aux jeeps de nos sacs, bien arrimés et vérifié par notre sergent Pellegrini, un Corse bien sympathique, notre caporal Mario Piacenza un vétéran de Corée, et par notre sergent-chef Rebouillet adjoint au chef de peloton le sous-lieutenant Rhoer,  je deviens chauffeur du chef Rebouillet avec Boisnart comme radio, ce qui permet au Dodge 4X4 de n'avoir que huit gars restant à convoyer.

        Le départ de l'Escadron est donné par le capitaine Le Boudec. En route pour le Sud! Nous sommes contents malgré tout, de cette nouvelle aventure, nous allons montrer notre savoir à nous adapter dans toutes circonstances.
    Tebessa ville un peu mystérieuse d'après des récits d'anciens. Pour nous y rendre, nous passons par Duvivier, La Verdure, Souk Ahras, Montesquieu, Clairefontaine, Morsott, enfin voici Tébessa après 246 kms au compteur. Voyage sans encombre. Située près de la frontière tunisienne dernière ville avant le Grand Erg Oriental et la chaîne de montagne des Aurès-Németchas.

        Cette ville de garnison, avec des ruines Romaine très importantes, signe de la colonisation et des conquêtes des Légions Romaines.  L'élevage d'ovins font de cette région une plaque tournante d'un commerce intense. La ville s'est étendue en dehors des murs fortifiés à créneaux, avec ses portes d'accès étroites voutées, sa population bariolée, tout est nouveau pour nous.

        Les jeunes arabes courent après le convoi offrant des boissons et des fruits. Le dépaysement est complet. Vers 14 heures nous arrivons aux abords de la cité, devant une petite caserne tenue par la Légion Étrangère et mise à notre disposition. Toujours au pas de course , nous nous installons à la va-vite dans une partie des locaux. Les véhicules bien alignés, nous vérifions notre équipement OPS : armes, dotation de munitions, perception de deux boites de ration, une boule de pain et d'un bidon supplémentaire.

    J'ai pour ma part une paire de jungle-boot en rechange dans mon sac avec une paire de chaussettes, nous sommes en short kaki, veste camouflée, casquette, un chèche autour du cou qui sert à tout faire, de filtre à eau, de moustiquaire et même de corde, mais, nous protéger du froid. Je suis presque le seul à marcher en chaussures légères. Plus tard  les jungle-boot seront distribués à ceux qui veulent de ces  chaussures. Nous faisons un brin de toilette avant de prendre notre dernier repas chaud. Durant 15 jours se sera des boites de ration.

        Je suis dans l'équipe du fusil-mitrailleur 24/29 comme chargeur, René Cadet étant tireur, André Jeanneret chef de pièce, et comme pourvoyeurs Martignon, Fusée, Covillers, Groisil. Alourdi de dix boites chargeur rangées dans deux sacoches accrochées au ceinturon du bréllage cela représente neuf kilos deux cent, plus les deux bidons, les grenades, le poignard, la trousse à pansement, la cartouchière pour le fusil MAS 36 crosse alu ou pour le MAS 51 lance-grenades ces dernières sont réparties dans le groupe.

    La musette TAP doit pesée autour de dix kilos, elle pèsera de moins en moins au fur et à mesure de la nourriture ingurgitée ( deux kilos de boites et un kilo de pain), donc nous avons une charge totale environ trente deux kilos répartie entre la musette TAP et le brellage qui supporte le reste, à part notre arme bien entendu.
    Il est dix sept heures, le départ est fixé pour deux heures demain matin.

    6 juin 1956.

    Le réveil à une heure rend le visage grognon sur certains. Les camions sont déjà à pied d'œuvre pour les 120 paras de l'Escadron, nous grimpons aidés par les copains à qui nous passons nos sacs et armes. Le convoi démarre rejoindre les autres compagnies une file de 50 GMC encadrés par des Half-Tracks font un sacré vacarme tous feux allumés. Nous prenons plein Sud, puis nous obliquons vers une piste sablonneuse, nous sommes bientôt recouverts d'une fine couche de poussière.

         La piste à peine carrossable nous conduit sur une vaste étendue désertique venant buter sur le djebel Nementcha. Certains sommets culminent à près de deux mille mètres sur une longueur de 80 kilomètres et une largeur de 20. Au Sud le désert, immense mer de sable à perte de vue; ici commence le  désert de Négrine. 90 kilomètres de poussière plus loin nous nous retrouvons devant un fortin de la Légion. Le lieu se nomme Guentis.

    Presque accolé au flanc du djebel,le fortin est entouré de fil barbelé, construit en pierre avec une tour de guet. Les abris  légèrement enterrés donnant une impression de fraicheur par rapport à l'air brûlant surchauffé par un soleil implacable.

         Nous sommes ici pour relever le 2e RPC du colonel Chateau-Jobert qui a souffert de l'effort fourni et des accrochages avec les «chaouis»

        L'Escadron prend ses quartiers à l'intérieur du fort avec le PC Bigeard, les autres compagnies sont disséminées autour. Le temps aux chefs de prendre les ordres, nous donne un répit  pour nous dépoussiérer.
    Le paysage est une désolation, pas un brin de verdure à l'horizon; nous sommes sur une étendue caillouteuse: le djebel que nous apercevons a des sommets en dents de scie, les rochers déchiquetés et éclatés par les différences de température donnent un avant goût de notre randonnée prochaine. «Ce sont les portes de l'enfer !» dira un jour le général Vanuxem  en désignant sur la carte ce secteur  à Bruno » ( indicatif radio de Bigeard).

    Je suis bientôt surpris par un endroit, véritable petit paradis dans cet enfer, l'endroit où l'on nous amène pour la détente est exceptionnel, un oued descendant de la montagne, coule dans un couloir de grosses pierres arrondies, de petites cascades tombent de roche en roche dans des bassins naturels pour finir dans  une étendue d'eau  de 800 mètres carrés formant l'oued avec une petite plage de galets entourée de lauriers roses et d'autres  espèces d'arbustes; l'endroit est magique.

        En un clin d'oeil tout le monde se retrouve en slip à faire trempette. Comme j'ai pris avec moi mon appareil-photos, j'immortalise l'instant avec mon camarade Bertho, puis avec René Cadet coiffait de la casquette «Bigeard», l'eau nous arrive au genoux , peu importe c'est tellement merveilleux, mais quelle chaleur !!  Nous finissons la soirée en préparant notre popote et nos emplacements de couchage. La Légion veille sur notre sommeil. Pour une fois que je ne monte pas la garde ! Vive la Légion !!

        Transportés le 7 juin par camions tout feux éteints à 18 kilomètres du fort de Guentis jusqu'à la limite du désert, les bahuts nous déposent à minuit, par compagnie avec armes et bagages. Nous nous infiltrons par une piste à forte inclinaison: La montée et d'autant plus rude que la nuit noire nous empêche de nous distinguer à un mètre les uns des autres, le nez dans le sac du camarade qui me précède, je cogne sans arrêt mon arme dans les fesses du gars qui grogne en sourdine, les paras peinent le souffle court, pas de lune, les étoiles semblent être en veilleuse, des cailloux roulent sous les chaussures et nous font perdre l'équilibre.

        Les yeux finissent à la longue par distinguer faiblement la silhouette du copain; pourvu que les rebelles nous laissent en paix sinon se serait la panique ! Un guide avec la voltige de pointe ouvre la voie. Il est deux heures, le souffle court par l'effort essayant de coller à la file qui avance par à-coup, certains trébuchent et coupent le rythme, alors des écarts  se creusent, disloquent la marche. Des sursauts d'énergie sont nécessaires pour rejoindre la chenille humaine qui avance inexorablement sur cette putain de piste!.
        Quatre heures de marche sur des pentes hors normes, malgré le froid dû à l'altitude, nous transpirons comme une mêlée de rugby. Bientôt les compagnies se disloquent prenant des pistes différentes que « Bruno» a tracé sur sa carte. Nous bifurquons sur une piste descendant à pic pour remonter aussi dur sur notre point d'embuscade à plus de 1100 mètres d'altitude. Ouf ! Quelle grimpette!..En planque dans des éboulis de rochers nous sommes devenus invisibles.
        Je suis attentif au moindre bruit. Parfois des cailloux se détachent des roches et tombent en roulant sur la pente, l'attente du jour nous crispe les nerfs. Enfin le ciel s'éclaircit au dessus du sommet du djebel, et bientôt un énorme soleil rouge incandescent commence son ascension, les fonds d'oued sont encore dans les ténèbres, aucune visibilité dans cette gorge profonde de 400 mètres avec des à-pics vertigineux de 150/200 mètres finissant en bas de l'oued presque sec dans un enchevêtrement de roches et de lentiques.

        Ordre de manger maintenant, après se ne sera plus la peine. On lève l'embuscade dans 15 minutes, nous sommes engourdis, Jeanneret grelotte de froid faute d'avoir mis son chandail sous sa veste. L'aviation est prévue à sept heures pour rentrer en action sur les ordres de Bigeard, le piper ( avion d'observation) en direct avec le PC Bruno, tournoit au dessus du défilé rocheux.  
       
        Nous progressons à flanc de montagne protégeant la 3e compagnie qui se fraye un passage pour atteindre le fond de la gorge, et croisons les gars de la 2e de «Bir Hakeim», dont   Albert Bernard le radio du capitaine Flores, copain d'école de René Cadet, la surprise est totale, mais pas possible de s'arrêter (Albert Bernard qui fera un livre sorti en 2012, '' 3 ans chez Bigeard''). Ce sera durant toute la journée, la fouille de grottes, repérage de traces et  passages de rebelles dans cette gorge de l'oued  Bou-Doukrane.

        La progression devient pénible dans ce canyon écrasé de chaleur parmi les blocs de gros rochers coupant notre avance par des crevasses qu'il faut contourner, je transpire par tous les pores de la peau, le corps luisant de sueur, le visage rougi par l'effort, il ne faut surtout boire que le strict nécessaire en prenant les cachets de sel pour en compenser la perte qui se voit par de larges plaques blanches sous les aisselles et le dos.  Tout en marchant je mange une pâte de fruit.

        En fin d'après midi, l'avion d'observation repère des mouvements suspects à quinze kilomètres de notre position. Nous sommes avertis par le sergent Pélegrini de prendre dès maintenant toutes nos précautions,  et de garder nos distances. Le soir arrive, nous formons nos positions de combat, ordre de dormir l'arme à portée de main. Les fells nous guettant, il va falloir ne dormir que d'un œil cette nuit encore.

        A 23 heures, les rebelles bien dissimulés vont attaquer le PC et la 1ère compagnie du capitaine Datin; En gueulant ils montent à l'assaut des positions, un violent combat se déclenche dans une fusillade infernale, pendant une heure ils tenteront de pénétrer jusqu'au PC Bigeard, mais les paras étaient en alerte l'arme à la main dans leurs trous, ils n'ont eu qu'a tirer dans le tas. Cette attaque donne la mesure et la témérité des Chaouïas. Ils se font repousser en laissant trois morts sur le terrain et disparaissent dans la nuit en emportant leurs blessés. La surprise est manquée. Il y a trois blessés chez nous  brancardés toute la nuit pour être héliportés au petit matin.

        8 juin 1956.
    Il est trois heures, nous repartons en avant pour boucler le périmètre, c'est une marche forcée que nous effectuons pour parfaire l'encerclement accolés à la  compagnie du bas. Il est six heure, le bouclage de toute la zone par le régiment est constitué. La 1ère compagnie du capitaine  Datin et la 3e du capitaine Volquemanne progressant l'une vers l'autre sont soudain prises sous le feu d'armes automatiques; il s'ensuit une fusillade d'enfer, 200 rebelles sont pris au piège, l'aviation  lance à l'attaque ses T6 sur les grottes d'où proviennent les tirs meurtriers.
        J'entends les explosions de grenades qui se répercutent dans la montagne, les rafales de PM et les tirs de lance-
    grenades. Des rebelles protégés par un mausolée juché sur une petite plateforme tirent sur les paras progressant resserrant l'étau. Depuis les grottes ou se sont réfugiés beaucoup de fells, un barrage de tir violent bloque l'avance des sections qui malgré des assauts répétés restent clouées au sol.

    Le capitaine Flores dit «Bir-Hakeim»lance sa compagnie à l'assaut des fells retranchés dans le mausolée mais elle reste plaquée au sol par un feu de mitrailleuse, pendant que les T6 font leurs sarabandes et tirent leurs roquettes avec précision, les grottes sont profondes les fells peuvent se retrancher au fond..  
       
                       Le capitaine Flores reçoit une balle dans le bras, et une autre fracasse le bas du poste-radio de Albert Bernard, la bagarre est générale, les 200 fells ont la rage et la haine, le sang coule des deux côtés, le colonel Bigeard fait donner le tir des pièces de la CA, mortier de 81 et de 60 , canon de 75 SR portés à dos d'hommes, et traite les grottes d'où sort une fumée noire.

    Les avions sont partis vers 16 heures, j'entends les appels des paras cherchant les blessés, quelques rafales résonnent encore. Les hélicoptères se posent sur les zones balisées pour évacuer nos blessés et nos morts, chapeaux Les Evans!!

    Le retour des T6 achèvent le travail commencé, il reste encore beaucoup de rebelles cachés qui attendent la nuit pour essayer de passer à travers les mailles du filet, ils vont faire le forcing pour s'échapper dans la nuit.
         Le général Vanuxem et le général Noiret, venant de Constantine, se posent sur la côte 1005 au PC Bruno d'où il domine le combat, ces derniers veulent que  le résultat du combat soit définitif pour le soir, peu importe les pertes que cela implique. Bigeard ne l'entend pas de cette oreille, il appelle ses commandants de compagnies au bigo et tendant l'appareil au général Vanuxem lui dit: «Si vous désirez prendre le commandement mes capitaines sont à vos ordres. Le général Vanuxem jette un regard d'acier à Bigeard et lui dit« OK Bruno çà va continue !» Ouf! Notre Grand Chef a eu chaud !.

        Malgré la compagnie Datin en fermeture de nasse dans le fond du talweg, les rebelles vont donner par deux fois l'assaut et réussiront à passer. Le lendemain la fouille de la petite vallée et des grottes sera notre occupation pour dénombrer les cadavres de fells et récupérer l'armement. Au total 56 rebelles tués et 6 prisonniers, 50 armes dont un FM, quantité de vivres et de
    munitions, des postes-radio, de nombreux documents, de notre côté, malheureusement 2 tués et 16 blessés.

        11 juin 1956.

    Je suis toujours dans le djebel en opération  depuis le 7 juin. Nous avons pris position autour des hélicoptères, sur une plate-forme naturelle en haut d'un sommet de 1000 mètres d'altitude. Un hélicoptère Sikorsky apporte du courrier. L'Escadron est toujours en alerte de combat depuis l'attaque des fells à  trois kilomètres de notre position. Par section nous descendons au fond du talweg où coule un oued minuscule pour refaire le plein des bidons d'eau. Nous cuisons littéralement dans ce djebel, véritable fournaise où pas un régiment à part le 2e RPC de Chateau-Jobert qui a fait ce qu'il pouvait avec de très grande difficultés, pour un petit résultat mais beaucoup de morts et de blessés.

        Nous sommes toujours en protection de la 3e compagnie qui progresse et trouve des cadavres coincés dans les rochers, des rebelles bloqués dans des grottes se rendent. Le soir tombe vite dans la montagne, il est vingt heures; embuscade avec mon groupe et cela, jusqu'à quatre heures le lendemain, les bidons bien approvisionnés permettent de se désaltérer convenablement.

        Mon caporal Mario Piacenza, avec sa tête de moineau ne se souvient jamais des consignes de sécurité, il sera plus tard évincé du régiment. Avec René Cadet, Jean Bertho, Pierre Martignon, Jacky Fièvre, Fusée et le sergent Pellegrini, nous faisons un tour de garde d'une heure, ce qui permet aux autres de sommeiller un peu, mais d'un œil!.

        Le 12 juin, nous sommes en progression à fouiller les éboulis et les grottes de notre secteur, il y en a partout! . Arrêt sur un sommet de djebel pour faire la liaison avec le PC (indicatif Le boudec))  et le reste de l'Escadron.
        13 heures: je mange ma maigre ration 4 étoiles avec du biscuit de guerre, Martignon qui ne mange décidément pas beaucoup me refile ses sardines que j'avale avec délice. Nous repartons en fouille du secteur, la soif est omniprésente à chaque effort fourni, nous rentrons à notre point à 18 heures, je mange le peu de nourriture me restant en fonction de mon eau restant de mes deux bidons, soit très peu. Je m'écroule dans mon emplacement de combat pour être réveillé à 23 heures mon tour de garde de 2 heures me semblant éternel, la fraicheur de la nuit  me tient éveillé.

        13 juin.

    Un peu de repos sur le sommet du djebel,  les rations sont distribuées pour 2 jours. Par radio on nous signal  que sur un versant opposé un oued minuscule laisse couler de l'eau propre, le nôtre contient des cadavres rend l'eau imbuvable. Des volontaires sont trouvés pour une corvée d'eau, je suis de la partie, je vais pouvoir me laver et boire à volonté.  D'autres sections sont dans la même situation, il faut donc coordonner les départs. Six bidons plus les miens je fais vingt minutes de descente et une heure de remontée, mais la transpiration est d'autant importante que je me suis rassasié d'eau ce qui n'est pas la meilleure des solutions

        14 juin.

    5h30 . Il fait très froid sur ce sommet de 1200 mètres où je me trouve. Je dors enroulé dans ma toile de tente, protégé du vent par un petit muret de pierres que j'ai confectionné. Je me réveille avec des courbatures, la dureté du sol et le froid en sont les responsables. Je boucle ma musette et avec le groupe nous partons pour la fouille d'un autre quadrillage imité par le reste de la section, il en sera ainsi toute la journée, j'ai vidé une boite de ration dans mes poches et je suce une dose de poudre à l'orange, c'est acide mais cela fait saliver, j'ai pourtant la fringale!.

         Vendredi 15 juin.

    J'ai bien dormi, mon tour de garde de quatre à six heure m'a permis de faire un feu discret pour le café c'est le premier depuis cinq jours l'équipe en profite pour faire leur jus sur ce feu bienvenu que j'ai pu faire grâce au petit bois que j'ai récupéré dans l'oued. Dernière boite de ration, combien de temps allons nous rester sur ces maudits sommets lunaires?.
        Le soleil est monté à une vitesse vertigineuse, il frappe dur est, arrivée avec lui d'une multitude de mouches tenaces. Je me doute que les cadavres un peu partout y sont pour quelque chose. Nous restons en stand-bye le reste de la journée planqués sous des rochers à l'ombre. Les compagnies sont comme nous, elles reprennent leur souffle un peu partout dans le décor .

        Le colonel Bigeard renifle le fell, il sent sa présence, c'est çà le sixième sens !.Par renseignements pris sur les prisonniers, il conclut qu'une partie de la bande est disséminée pas très loin de nous, vers le djebel Mellagou.

        Samedi 16.

    Nous partons musette TAP sur le dos la veste grande ouverte, avec nos 30 kilos de matériel. Il est 1h30 du matin, nuit sans lune, la marche est pénible, la piste couverte de cailloux roulant sous les chaussures nous donne des allures de paras ivres. A 6h30 nous arrivons sur un plateau rocheux, je vois les hélicoptères qui arrivent déposant leur cargaison de paras qui s'élancent au pas de course vers le fond de l'oued pour couper la retraite des rebelles en fuite. Un grondement de fusillade et d'explosions de grenades se fait entendre amplifié par l'écho de la montagne. La 3e compagnie du capitaine Volquemanne est au contact et parfois au corps à corps, avec quelques 150 rebelles qui se trouvent piégés.
        Les T6 trapus, passent dans un bruit assourdissant, prenant les grottes pour cible, envoient leurs roquettes dans les excavations naturelles où s'est terrée cette bande commandée par Laghou Abbès, chef de rébellion pour l'Est Constantinois; il attendait un convoi d'armes venant de Tripolitaine. Il nous a échappé il y a quelques jours.

        Les pièces de la CA donnent de la voix, les 75 SR, mortiers de 81 et de 60 sont de la fête. Un panache de fumée s'échappe soudain d'un T6, touché par un tir rebelle, il va se crasher en pleine bataille. J'aperçois un hélico qui arrive sur les lieux du drame et déverse les paras en protection de l'avion et de son pilote, il s'en sortira avec des égratignures, une chance inouïe pour le pilote.
        13H30.Nous sommes héliportés au plus près de l'accrochage, c'est alors que l'on apprend «Bruno est blessé !! Bruno est blessé !!» c'est l'effarement, incrédules nous sommes muets de par la nouvelle puis la colère de savoir cela.

        Alors, à l'annonce de ce malheur, les compagnies montent à l'assaut des fells.....!! Pas un ne doit passer, toutes les issues sont fermées. Je suis sur une corniche en surplomb d'un fouillis de roches et d'épineux dans le fond de l'oued, les rebelles sont acculés déterminés à ne pas se laisser prendre vivant, nous non plus ne voulons pas de vivant, pas de quartier. Cadet,  met le FM 24/29 en batterie, étant pourvoyeur je suis à sa gauche  un chargeur dans chaque main prêt à remplacer les chargeurs vides

        Les premières rafale du FM balaient les touffes des épineux pour neutraliser les fells arrivant sur nous, poussé par les deux compagnies. Le reste de la katiba fonce de notre côté. Je vois une compagnie délestée de ses sacs, se précipiter au contact qui bientôt devient du corps à corps; l'étau se resserre de plus en plus, les gars ont la rage d'en finir, ils font payer la blessure de Bruno. Après un dernier matraquage de l'aviation et de la CA du capitaine Chabanne, les sections avancent par bonds, à chaque bond un jet de grenades et la mitraille de toutes les armes, encore un bond et la même manœuvre du rouleau compresseur, des hommes tombent de chaque côtés, c'est terrible !!.

        Le bilan est de 56 rebelles tués et six prisonniers blessés; pour   50 armes de guerre dont  un fusil-mitrailleur une grande quantités de vivre, des munitions, des postes radio, de nombreux documents, mais nous avons encore deux tués et seize blessés.

        17 juin1956.

    L'Escadron compagnie d'intervention, est héliporté sur un djebel assez près du champ de bataille d'hier; en ligne nous descendons vers l'oued fouiller ce qui ne l'a pas été. Les renseignements nous parviennent selon notre PC Bruno4, des fells se seraient cachés dans des grottes invisibles à l'œil et dans des failles de rochers, autant dire que nous sommes au maximum sur la défensive, les rebelles n'ont plus rien à perdre sinon la vie !.
        Je trouve avec le groupe deux cadavres coincés dans des failles de rocher, et un dans un trou profond; blessé il est remonté avec peine puis remis au PC Le Boudec notre capitaine.

        Tout est passé au peigne fin jusqu'au bas de l'oued où coule de l'eau semi-souterraine qui apparaît et disparaît dans des trous dans lesquels des poissons survivent, ils sont fouillés par la 2e compagnie. Un plongeur d'une section va au fond et remonte des armes jetées par les fells. Nous arrivons dans une petite vallée peuplée de quelques mechtas entourées d'abricotiers, les fruits sont mûrs, je remplie mes poches d'abricots délicieux imité par les autres gars, une halte de cinq minutes nous permet de manger avec délectation  les fruits juteux.

        Étonné ! je vois passer un grand para d'une section d'à côté avec un crâne humain attaché sur sa musette TAP. Il  le gardera et s'en servira de repose-tête jusqu'à ce que le capitaine Le Boudec lui dise de s'en débarrasser. Ce crâne il l'avait trouvé dans la montagne parmi les rochers.( Ce para au « crâne », je l'ai retrouvé 54 ans après grâce à l'informatique, il est devenu mon ami, un des rares survivants de cette épopée Algérienne, il vit dans le sud de la France et moi à La Rochelle, nous entretenons une amitié fidèle)



        Le 18 juin, nous retournons à notre base de départ. L'escadron au complet; je suis fourbu je crois que le plus dur reste la gestion de l'eau; deux bidons qui parfois doivent faire les quarante huit heures, ce n'est pas facile à gérer.

        19 juin 1956.

    Nous partons pour Guentis le fort de la Légion, la piste est encore longue de quelques dizaine de kilomètres  et de là les camions nous ramènent à Tebessa. Sommes à notre base vers 17 heures. Opération terminée, fatigué mais content de revenir sain et sauf malgré la charge de mulet que j'ai dû transporter durant ces quinze jours sous un climat d'enfer. Nous avons tenu grâce à notre cohésion et notre mental et notre endurance aussi pour notre amour propre et l'estime de nos chefs que nous admirons et respectons sans faille.







    Les copains d'abord ....







    Un armement hétéroclite



       


    Ont foncent à l'assaut !!


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    Re: 3 ans chez Bigeard ... La bataille de Djedida-Mellagou !!!

    Message par Blu le Sam 26 Jan - 19:09

    Toujours aussi passionnant junker.
    On suit, mais c'est vrai, on a soif et mal aux pieds...
    Déplacements, poids à porter, froid, chaud, les tirs, les odeurs, les bruits, la faim...
    Quelle épopée !
    Le désert n'était pas loin mais ce n'était pas le désert des Tartares, vous les avez vus arriver, vous...
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    Re: 3 ans chez Bigeard ... La bataille de Djedida-Mellagou !!!

    Message par briselance13 le Sam 26 Jan - 21:25

    Passionnant et bien écrit. Les détails géographiques sont intéressants et importants.

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    Re: 3 ans chez Bigeard ... La bataille de Djedida-Mellagou !!!

    Message par LANG le Dim 27 Jan - 17:33

    Quelques cartes postales du "documentaliste"...

    GUENTIS, un coin bien perdu






    (Source : http://tenes.info/nostalgie/GUENTIS/GUENTIS_Le_Poste_Militaire)

    Un coin pour attendre les Tartares ?

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