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    3 ans chez Bigeard.. Un grand brulé

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    3 ans chez Bigeard.. Un grand brulé

    Message par junker le Sam 9 Fév - 18:15

    G15


                                       Un grand brûlé



        C'est l' histoire tragique de mon camarade Charlet, garçon sympathique de notre Escadron du 3e RPC désigné pour s'occuper des cuisines, il s'en sortait fort bien. Quand nous revenions d'opération et qu'il nous voyait arriver exténués, sales, rompu de fatigue, il se mettait en quatre pour nous apporter un peu de réconfort avec sa «popote» réglementaire constituée d'une grosse cuisinière à essence à plusieurs foyers.

       Le matin de bon heure, le café pour 136 paras était chaud, et souvent nous avions droit à un peu plus de ce jus qui parfois était un peu clair et d'un goût quelconque, mais qu'importe il était chaud. Charlet avait fait ses classes avec moi et nous avions sympathisé tout de suite.  Je me souviens de nos facéties à Duvivier ou nous faisions de fiers cavaliers sur les bourricots du coin  qui venaient chercher un bout de pain dur ou des épluchures de pomme de terre et qui n'avançaient que part l'appât de la nourriture qu'on leur faisait miroiter devant le museau.

       Nous avions aussi, comme disait les anciens revenus d'Indochine et qui savaient ce que voulait dire, le «quart d'heure colonial»  c'était de grosses rigolades avec des habits et une parure d'anneau de fatma. On posait devant l'objectif de mon appareil Kodak pour une photo immortalisant le moment. Il fallait des moments de rires comme cela pour nous détendre.

        Notre cantonnement provisoire, je pourrais dire notre base avancée, était dans une école de sourds - muets à Alger boulevard du Telemly ou l'Escadron se trouvait lors de la deuxième bataille d'Alger.
    Nous avions la place nécessaire pour tous nos véhicules Jeeps et Dodge 4X4 et dans la cour en face de nos chambrées, les cuisines, l'ensemble avait était installé en un temps record. Le capitaine Le Boudec veillait à notre confort , notre nourriture mais aussi à notre forme malgré notre travail épuisant de garde, de patrouilles à pied et en jeep, les interventions dans la Casbah et ses environs, les arrestations difficiles, cela ne nous dispensaient pas des marches commandos une fois par semaine et le sport .

    Il fallait aussi veiller à notre propreté corporel et au lavage de nos tenues, à la coupe de cheveux , cela je connaissais puisque j'étais le coiffeur de service pour la section ,le premier à montrer l'exemple était le lieutenant Michel notre chef de section qui ressortait de mes mains avec la coupe à un centimètre ce qui faisait frissonner certains possédant une belle chevelure. Bigeard était intraitable sur les cheveux et la barbe, pas de moustachus encore moins de barbus

        La «popote» se trouvait dans un grand local, la cuisinière dans un local contigu assez restreint. Plusieurs cuistots ou aides pour nourrir une centaine de paras toujours affamés sauf au moment de la solde ou nous allions chez le marchand de merguez ambulant du coin afin de changer notre ordinaire.

        C'était un matin annonçant une belle journée chaude de ce mois de juillet 1957, quelques heures de sommeille nous suffisaient pour récupérer de notre fatigue, du côté des cuisines les gars s'affairaient pour le café du matin et préparaient le pain le beurre. Charlet s'occupait à mettre en service la cuisinière à essence.
    Le processus était le même tous les matins, faire le plein du réservoir d'essence de la cuisinière, et pomper pour mettre en pression une petite cuve intermédiaire, permettant à l'essence d'être sous pression pour arriver aux gicleurs de la rampe d'allumage sous forme pulvérisé. J'étais de permanence dans ma jeep, en tenue de combat, prêt à toutes éventualités, quand une sourde explosion provenant des cuisines me fit sursauter.

    Des cris, des jurons, et soudain un gars tout noir, les cheveux roussis, sort de la cambuse comme un fou en titubant, des flammes finissent de brûler sur son corps nu . Le chef de quart alerté, part en courant vers le brulé qui halète et geint de douleur.. Une odeur écœurante de chaire brûlée flotte dans l'air. Je suis à trente mètres du drame et j'ai peine à reconnaître Charlet.

       C'est un moment d'angoisse, le sergent hurle vers moi: «approche ta jeep, ne le touche pas! Il faut le transporter d'urgence à l'hôpital Maillot !». En parlant avec douceur, il le guide pour monter dans ma jeep par ses propres moyens, sa peau dès qu'on le touche part en lambeaux. En ouvrant péniblement ses yeux roussis et tuméfiés, il réussi à s'assoir sur le siège en se tenant au tableau de bord. Il vacille sous la douleur et geint doucement, je m'aperçois qu'il est brulé partout, dès le matin il avait enlevé son tricot de peau et travaillait en short et savate.

       Une jeep ouvrant la route, je démarre sans une secousse et suit   le véhicule prêt à tout pour m'ouvrir la route jusqu'à l'hôpital. Tout au long du trajet, le sergent maintient en éveil Charlet  en lui parlant continuellement. Son corps vacille à chaque petit freinage et le fait se pencher en avant, au redémarrage son dos se décolle au siège laissant des lambeaux de peau collés au dossier, comme il a tendance à partir vers l'extérieur, c'est plus fort que moi je lui attrape le bras, la peau me reste dans la main comme une gaine que l'on fait glisser sur un tube, j'en suis malade.

       Dans quel état va-t-il arriver aux urgences? Enfin, voici l'hôpital Maillot, il est grand temps car il se trouve dans un état
    de semi-inconscience, les paroles sans cesse répétées par le gradé l'on tenu en éveil pour qu'il ne bascule pas hors de la jeep.

        Il est aussitôt pris en charge par le personnel spécialisé averti de notre arrivée, et c'est avec un grand soupir que je le voie disparaître dans les couloirs. Je m'aperçois que je tremble un peu en pensant; s'il avait basculé hors du véhicule durant le trajet, comment aurions nous pût le remettre sur le siège sans le peler entièrement, sa peau n'étant plus solidaire à sa chair?

       Nous sommes retourné lui rendre visite quelques jours après.

    l était dans une chambre aseptisée, isolé par un voile de mousseline, un goutte à goutte en perfusion. Sur son visage  des poches de liquide  ressemblaient à de petits ballons dégonflés, il était dans un coma voulu. Nous n'avions pas le droit de lui parler, nous ne sommes restés que quelques minutes devant son lit, et, dehors nous avons parlé du pourcentage de chance qu'il avait de rester en vie ?

      Les opérations sur Alger se poursuivirent et d'autres encore, nous en avons oublié notre camarade Charlet et j'ai appris beaucoup plus tard par mon camarade Daniel Belot qui l'avait rencontré à Bayonne, que Charlet avait été réformé et qu'il retournait à la vie civile.

    Il avait survécu aux graves brûlures, mais son visage était ravagé, le nez, les oreilles étaient mangés par le feu et de graves traces se voyaient sur son visage. Je  sais qu'il vit certainement encore et lui dédit cette page d'histoire s'il a la chance de la lire.
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    Re: 3 ans chez Bigeard.. Un grand brulé

    Message par LANG le Dim 10 Fév - 17:24

    Pauvre Charlet !
    Un parcours en jeep particulièrement périlleux...
    Ces appareils à essence étaient de véritables bombes.
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    Re: 3 ans chez Bigeard.. Un grand brulé

    Message par briselance13 le Dim 10 Fév - 22:41

    Décidément, les risques sont partout, même aux cuisines.

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